Voiture ancienne : quel carburant (essence) utiliser ?

La question de l’essence à utiliser est très souvent posée et fait débat dans le monde de la voiture ancienne… Plutôt SP95 ou SP98 ? Est-il possible de rouler à l’E85 ? Faut-il utiliser un additif ? Nous allons tenter de répondre à toutes ces questions ! 🙂

Si vous voulez savoir si vous devez utiliser un additif substitut de plomb dans l’essence pour votre ancienne, j’ai consacré un article à ce sujet ici.

comment choisir l’essence pour son ancienne ?

Il y a de nombreux éléments qui rentrent en compte dans la composition de l’essence. Certains d’entre eux sont primordiaux puisqu’ils vont déterminer si l’essence en question est compatible ou non avec votre moteur.

L’indice d’octane

L’essence utilisée comme carburant dans nos véhicules est une énergie fossile, composée de plusieurs éléments. Parmi eux, 2 se distinguent :

  • L’heptane, qui facilite l’auto-inflammation du combustible ;
  • L’octane qui, au contraire, freine l’apparition d’une auto-inflammation. 

Dans une essence, plus l’indice d’octane est élevé, plus l’essence offre une bonne résistance à l’auto-inflammation.  Cela retarde ainsi l’apparition du cliquetis moteur (combustion anormale qui provoque une résonance de l’explosion sur les parois du piston et de la chambre de combustion). En résumé, l’indice d’octane permet de mesurer la résistance à l’auto-allumage ou allumage non contrôlé d’un carburant dans un moteur à allumage commandé. Plus l’indice d’octane de votre essence est élevé, plus la longévité de votre moteur est préservée.

Ainsi, un moteur conçu pour fonctionner avec du SP95 pourra indifféremment fonctionner avec du SP95 (indice d’octane 95) et du SP98 (indice d’octane 98). Néanmoins, l’inverse est faux : un véhicule conçu pour fonctionner avec du SP98 ne pourra pas fonctionner avec du SP95, car la résistance au cliquetis n’est pas assez importante. Généralement, les moteurs fonctionnant exclusivement avec du SP98 sont les moteurs dont les taux de compression sont assez élevés.

En ce qui concerne nos anciennes, elles ont, pour la plupart d’entres elles, été conçues pour fonctionner avec un des 2 carburants plombés de l’époque dont les indices sont les suivants :

  • Ordinaire plombée : indice d’octane 89.
  • Supercarburant plombé : indice d’octane 97.

Ainsi, il est primordial de connaître pour quel carburant a été conçu le moteur de votre ancienne. Vous pouvez trouver cette information dans le manuel d’utilisateur ou dans les guides techniques (type RTA) par exemple. Cela vous permettra de savoir quel carburant actuel pourra faire office de substitut.

Exemple : la Renault 4 GTL, avec moteur Cléon 1108cm3 (code 688 7 12), est normalement conçue pour fonctionner avec du supercarburant plombé (indice d’octane 97 donc).

Indices d’octane du SP98

Après l’arrêt des essences plombées, elle devra donc fonctionner au sans plomb 98 (indice 98>97) et non au sans plomb 95 (indice trop faible, risque de cliquetis).

On distingue deux types d’indice d’octane :

  • L’indice d’octane Recherche (RON), qui représente le comportement d’un carburant à bas régime et en accélération. C’est l’indice que l’on connaît le mieux (indice 95 et 98 pour les SP95 et SP98).
  • L’indice d’octane Moteur (MON), qui représente le comportement du carburant à haut régime et à forte charge.

La PRÉSENCE de plomb dans l’ESSENCE

La très grande majorité des moteurs des véhicules antérieurs à 1987 ont été conçus pour fonctionner avec de l’essence dit « plombé ». Le plomb est ajouté à l’essence depuis les années 1920 dans l’industrie aéronautique d’abord, puis progressivement à partir des années 1930 et 1940 dans l’industrie automobile. Il permet d’augmenter l’indice d’octane de l’essence et a donc un rôle antidétonant, en évitant que le mélange air-essence n’explose trop tôt.

Il permettait aussi de refroidir les têtes de soupapes ainsi que leurs sièges dans la culasse et permettait ainsi de les protéger. Le plomb était présent dans les deux carburants proposés à l’époque en station, (entre 1940 et 2000, en France) : le supercarburant plombé et l’ordinaire (ou ordinaire plombé). Néanmoins, son incompatibilité avec les catalyseurs (le plomb détruit l’intérieur du catalyseur qui équipent les voitures modernes) et son caractère très polluant vont mener, en France, à la disparition de ces 2 carburants plombés au 01/01/2000. A partir de cette date, les carburants dits « sans plomb » (SP95 et SP98) représentent donc la seule alternative en essence.

La très grande majorité des véhicules produits après 1987 sont équipés pour fonctionner avec de l’essence sans plomb, après modification des sièges de soupapes, désormais fabriqués en acier et non plus en fonte. Néanmoins, pour les anciennes antérieures à 1987, l’absence de plomb dans l’essence reste un problème.

Pour faire face à cette absence, des additifs substituts de plombs appelés ARS (pour Anti Récession de Soupapes) ont été proposés sur le marché, soit directement dans l’essence vendue à la pompe (c’est le Supercarburant ARS) jusqu’en 2006 environ, soit en flacon concentré comme nous le connaissons aujourd’hui. Il permet de pallier au problème de détérioration des soupapes et de leurs siège si on utilise une essence sans plomb dans notre ancienne.

LA PRÉSENCE D’ÉTHANOL DANS L’ESSENCE

Aujourd’hui, la totalité des carburants essence proposés en station contiennent de l’éthanol : SP95 (E5 ou E10, contiennent respectivement jusqu’à 5% et 10% d’éthanol), SP98 (E5, contient jusqu’à 5% d’éthanol) et E85 (contient 85% d’éthanol).

Or, il est prouvé que l’Ethanol en quantité importante fait très mauvais ménage avec les durites anciennes, les membranes de nos pompes à essence et de pompes de reprises de nos carburateurs, qui n’ont à l’époque pas été conçue pour être en contact avec un haut pourcentage d’éthanol dans le carburant. Pour les voitures « anciennes » (avant 2000), il est donc fortement conseillé d’utiliser un carburant qui contient le moins d’Ethanol possible : SP98 (E5) ou, si vous en trouvez encore et que votre moteur le permet, du SP95 E5 (pas d’E10 !).

Cela dit, de nombreux possesseurs de voitures anciennes témoignent utiliser de l’E85 depuis plusieurs années sans avoir eu de problèmes particuliers. Néanmoins, l’indice d’octane étant particulièrement élevé dans l’E85 (104), cela nécessite d’abord un réglage particulier de l’avance à l’allumage et de la richesse du carburateur ainsi qu’une modification du gicleur. Dans tous les cas et pour assurer la fiabilité de votre moteur, il est vivement conseillé de changer ses durites, joints, membranes de pompe qui seront en contact avec l’éthanol avant tout passage au SP95-E10 ou E85.

GUIDE CHRONOLOGIQUE des carburants UTILISéS depuis 1940 en france

 

ENV. 1940 – 2000 : L’ère de l’essence plombée

La plupart de nos voitures anciennes, produites à partir des années 40 et jusqu’à la fin des années 80, fonctionnaient à l’origine aux carburants dits « plombés », pour les raisons évoqués plus haut. Il existait, en France, deux principaux carburants essence :

  • L’ordinaire (ou ordinaire plombé) : c’est le carburant « de base ». Indice d’octane de 89, présence de plomb, il est destiné aux moteurs à taux de compression peu élevé.
  • Le supercarburant (ou super plombé) : il possède un indice d’octane plus élevé que l’ordinaire plombé : 97 au lieu de 89. Il est destiné aux moteurs plus poussés avec des taux de compression élevés.

Ces 2 carburants au plomb disparaissent progressivement dans les années 1990 (pour les raisons également évoquées ci-dessus) jusqu’à l’arrêt complet de leur commercialisation le 01/01/2000.

2000 – 2006 : le supercarburant sans plomb avec additif substitut de plomb ARS

Afin d’opérer une transition entre les essences plombées et sans plomb, et ce pour les conducteurs de véhicules antérieurs à 1987, il est proposé en 2000 le « supercarburant » ou « Super ARS ». Il s’agit en fait d’une base de sans plomb 98 auquel on a ajouté un additif spécifique dit anti récession des soupapes (ARS). Cet additif vient ainsi compenser la disparition du plomb.

En 2000, on estime le nombre de véhicules anciens (antérieurs à 1987) en circulation et fonctionnant à l’essence plombée à 1,1 million d’unités. On estime au même moment que 3 ans plus tard (2003), ce même nombre passerait à 300 000 unités seulement. Soit 800 000 véhicules partis à la casse en seulement 3 ans…. mais ce n’est pas le sujet. Il est alors prévu d’arrêter la commercialisation de ce carburant ARS en 2003 (il restera finalement commercialisé dans certaines stations jusqu’en 2006). Les possesseurs de véhicules anciens fonctionnant à l’essence plombée doivent, depuis, se procurer des flacons doseurs d’additif ARS concentré à mélanger au sans-plomb 95 ou 98, comme c’est encore le cas aujourd’hui.

2000 – Aujourd’hui : le sans-plomb 95-E5 et 98-e5

Les carburants sans-plomb remplacent définitivement les essences plombées.

  • L’ordinaire plombé est remplacé par le sans-plomb 95 (ou SP95), indice d’octane 95.
  • Le super plombé est remplacé par le sans plomb 98 (aussi appelé Super 98), indice d’octane 98.

Ces deux carburants contiennent chacun 5% d’éthanol, ce qui est acceptable par les moteurs des véhicules anciens. En 2018, ces carburants ont été légèrement renommés : SP95-E5 et SP98-E5 pour afficher qu’ils contiennent bien 5% d’éthanol et ainsi éviter les confusions avec le SP95-E10.

Ces 2 carburants sont donc compatibles avec nos anciennes produites après 1987 et compatibles avec celles produites avant 1987 en y rajoutant un additif substitut de plomb.

2007 – Aujourd’hui : l’E85

Apparu en 2007 en France, l’E85, composé à 85% d’éthanol, n’est compatible qu’avec les véhicules « Flexfuel ». Près de 3 fois moins cher que le sans plomb, il est très tentant de faire rouler son ancienne avec ce carburant, d’autant plus que le moteur peut tout aussi bien fonctionner à l’E85, en tout cas à court terme et moyennant un réglage de l’allumage et du carburateur. Mais à moins d’adapter spécifiquement le composants du circuit d’essence au préalable (changement des joints, membranes, durites, modification du gicleur, réglage de la richesse, réglage de l’avance), l’E85 est à long terme incompatible avec les composants moteurs de nos anciennes et pourrait endommager tout le circuit d’alimentation en essence et potentiellement provoquer un incendie.

2009 – Aujourd’hui : le SP95-E10

Le SP95-E10, comme son nom l’indique, contient 10% d’éthanol. Moins cher que l’E5, il est aussi plus rapidement brûlé et votre moteur consommera donc un peu plus. Surtout, sa forte contenance en éthanol le rendra incompatible avec la grande majorité de nos voitures anciennes (ou alors, sous les mêmes conditions que l’E85). En effet, les moteurs des voitures n’ont été adaptés à un tel carburant qu’à partir de 2000. Ce carburant est donc à bannir pour toutes nos voitures anciennes, à moins d’avoir procédé à une adaptation complète du moteur.

ALORS, QUELLE ESSENCE DOIS-JE METTRE DANS MA VOITURE ANCIENNE ?

 

Aujourd’hui, nous avons le choix entre 4 carburants différents pour nos anciennes fonctionnant à l’essence. Lequel choisir ? Faut-il y ajouter un additif substitut de plomb ?

1°/ SP98-E5 : la valeur sûre

  • Compatible avec nos voitures anciennes : OUI, pour tous les moteurs essence.
  • Nécessite un additif substitut de plomb ? Pour les véhicules produits après 1987, non. Pour les véhicules antérieurs à 1987 : c’est généralement recommandé. Dans tous les cas, contrôlez les préconisations du constructeur.

L’avantage avec le sans plomb 98, c’est que vous ne pouvez pas vous tromper. D’abord, parce qu’il n’existe qu’un seul type de SP98, l’E5, qui est compatible avec nos anciennes. Ensuite, parce que quelle que soit l’essence pour lequel il a initialement été conçu, votre moteur pourra parfaitement fonctionner avec du SP98.

L’ajout d’additif ARS dépend de l’âge de votre véhicule et de sa conception. Il suffit de contrôler quelle essence recommande le constructeur de votre ancienne (revue technique, manuel d’utilisateur) : si le moteur est compatible avec du sans-plomb, c’est généralement inscrit et vous n’aurez pas besoin d’additif.

Enfin, si le SP98 est une valeur sûre pour toutes nos anciennes, ce n’est néanmoins pas forcément toujours l’essence à privilégier. En effet, plus chère que du SP95, elle ne sera pas plus efficace que ce dernier si votre moteur est conçu pour fonctionner avec une essence à indice d’octane 95 ou inférieur. Mais le fait est que le SP95-E5 devient rare en France, et que le SP95-E10 n’est pas compatibles avec nos anciennes, voilà pourquoi le SP98, même s’il est plus cher et pas forcément meilleur pour tous les moteurs, est très souvent conseillé pour nos anciennes.

Le SP98 consomme-t-il moins que le SP95 ? Il n’est pas rare d’entendre ou de lire cette affirmation un peu partout. Néanmoins, beaucoup se basent sur la comparaison entre le SP98 (qui ne peut contenir que 5% d’éthanol) et le SP95-E10 (qui est le plus répandu, et qui contient 10% d’éthanol). Dans ce cas, il est évident que le SP98 consommera moins, plus qu’il contient moins d’éthanol. Il serait plus intéressant de comparer les deux carburants dans leur même configuration, soit 5% d’éthanol, mais il devient quasi impossible de se procurer du SP95-E5 aujourd’hui. De plus, cela dépend aussi de la qualité des essences et de la station service où vous vous la procurez. En effet, il existe une grande disparité dans la qualité des essence entre les différentes stations service et il existe même dans certaines stations plusieurs qualité différentes de sans-plomb, avec différents additifs. Si les stations de type Total / BP sont plus chères, c’est aussi parce que leurs carburants sont chargés en additifs et qu’elles sont souvent de meilleure qualité, comparé aux essences des stations service de grande surface par exemple.

2°/ Le SP95-E5 : oui mais à condition…

  • Compatible avec nos voitures anciennes : OUI, pour les moteurs initialement conçus pour fonctionner avec une essence à indice d’octane inférieur ou égale à 95 (essence ordinaire plombée à l’époque). NON, pour les moteurs initialement conçus pour fonctionner avec une essence à indice d’octane supérieur à 95 (supercarburant plombé à l’époque).
  • Nécessite un additif substitut de plomb ? Pour les véhicules produits après 1987, non. Pour les véhicules antérieurs à 1987 : c’est généralement recommandé. Dans tous les cas, contrôlez les préconisations du constructeur.

Pour nos voitures anciennes, le SP95-E5 est la meilleure alternative (et d’ailleurs la seule !) au SP98, si votre moteur tournait à l’époque à l’essence ordinaire plombée (indice d’octane 89). Mais il devient difficile de s’en procurer en France, la plupart des stations essence ne proposant plus que du SP95-E10.

3°/ Le SP95-E10 : à proscrire pour nos anciennes, sauf si modification préalable

  • Compatible avec nos voitures anciennes : NON ! A moins de faire les modifications nécessaires pour adapter votre moteur à l’éthanol, ce carburant n’est pas compatible avec nos anciennes. L’éthanol en teneur importante va finir par détériorer vos durites, joints, membranes, et même les alliages d’aluminium léger (carburateur par exemple).

4°/ L’E85 : à proscrire pour nos anciennes, sauf si modification préalable

  • Compatible avec nos voitures anciennes : NON ! Même chose que pour le SP95-E10, l’E85 n’est absolument pas compatible avec nos anciennes d’origine et nécessitent l’adaptation du circuit d’alimentation en essence.

LES ESSENCES POUR NOS VOITURES ANCIENNES, EN Résumé

Voici un petit tableau qui vient résumer chronologiquement les différents types d’essences utilisées par nos voitures anciennes dans le passé, celles avec lesquelles elles sont compatibles aujourd’hui, et si elles nécessitent ou non l’utilisation d’un additif substitut de plomb.

N’hésitez pas à donner votre avis ou partager votre expérience en commentaire : quelle essence mettez-vous dans votre ancienne ? Avec ou sans additif ? Avez-vous déjà ressenti une différence entre le SP95-E5 et le SP98 ?

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2 commentaires “Voiture ancienne : quel carburant (essence) utiliser ?

  1. Merci beaucoup pour vos articles prècis, clairs et donc très utiles pour nous pauvres amateurs d’ anciennes, éventuellement bons  » bricoleurs, sans pour autant être techniciens en ces matières
    Christian Roz

    1. Bonjour Christian,

      Merci beaucoup pour votre commentaire ! Il me fait d’autant plus plaisir que c’est exactement la raison pour laquelle j’écris ces articles : essayer d’aider les amateurs d’anciennes à réparer et bien utiliser leurs voitures ! 🙂
      Merci encore,
      Tristan

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