Voiture ancienne : faut-il de l’additif dans l’essence sans plomb ?

Après s’être demandé « Quel carburant dois-je mettre dans ma voiture ancienne ? » (voir l’article consacré), on se pose souvent la question « Faut-il ajouter un additif substitut de plomb avec le SP95 ou SP98 ? » Il n’y a pas de règles absolues car c’est une question à prendre au cas par cas, néanmoins je vais tenter ici de donner des éléments de réponse pour que vous puissiez savoir si votre ancienne a besoin d’un additif ou non ! 😉

Vous avez déjà lu l’article pour savoir quelle essence mettre dans votre voiture ancienne ? Si ce n’est pas le cas, je vous invite à le lire avant de parcourir celui-ci (lien ci-dessus). En effet, les deux questions sont liées et le premier article vous aidera à comprendre de quoi on parle ici.

Il y a deux écoles dans le monde de la voiture ancienne : ceux qui mettent de l’additif dans leur essence, « parce qu’il faut bien remplacer le plomb ! », et ceux qui n’en mettent jamais, « parce que j’en ai jamais mis et que je n’ai jamais eu de problème ! ». Je me suis intéressé à la question car je trouvais étrange que ma 4L de 1988 pouvait fonctionner à l’essence sans plomb alors que la 4L de mon frère, de 1986, nécessitait l’utilisation d’un additif substitut de plomb. Vous trouverez donc dans cet article, quelques explications !

L’essence dite « plombée »

Quel était le rôle du plomb dans l’essence ?

1°/ Le plomb permet d’augmenter l’indice d’octane de l’essence et a donc un rôle antidétonant, en évitant que le mélange air-essence n’explose trop tôt.

2°/ A l’époque, les sièges de soupapes sont usinés dans la matière première de la culasse qui est une pièce dites « coulée », de la fonte généralement. Or la dureté des pièces coulées est assez faible et nécessite un niveau élevé de protection là où le métal est battu avec force. Le plomb, dans sa forme oxydée, avait donc pour seconde mission de jouer le rôle d’amortisseur entre la soupape et son siège et permettait ainsi de « refroidir » et protéger les têtes de soupapes ainsi que leurs sièges dans la culasse.

Historique de L’essence plombée

 

1930 – 1970 : l’apogée de l’essence plombée

Le plomb (Tetraethyl) est ajouté à l’essence depuis les années 1920 dans l’industrie aéronautique d’abord, puis progressivement à partir des années 1930 et 1940 dans l’industrie automobile aux Etats-Unis d’abord, sous l’influence de General Motors. Entre 1940 et 2000 en France, les deux carburants essence proposés était plombés : il s’agissait du supercarburant plombé et de l’ordinaire.

1970 – 2000 : remise en question et arrêt progressif du plomb

Néanmoins, le plomb dans l’essence commence à poser problème avec la modernisation de l’industrie automobile. Non pas pour des préoccupations écologiques au départ comme on l’entend souvent, mais à cause de son incompatibilité avec les catalyseurs qui font leur apparition sur les véhicules modernes dans les années 80. Même si le plomb est un polluant très toxique, c’est avant tout son caractère nocif pour le pot catalytique qui précipita sa disparition dans l’essence. Le plomb n’en était pas directement responsable, mais ce sont le chlore et le brome qui étaient ajoutés aux sels de plomb pour faciliter leur évacuation qui empêchaient le bon fonctionnement du catalyseur.

Ainsi, au milieu des années 80, les constructeurs anticipent l’arrêt du plomb dans l’essence et commencent à concevoir des moteurs pouvant fonctionner au sans plomb. Les sièges de soupapes seront désormais en acier trempé et non plus en fonte et n’auront donc plus besoin du plomb pour les « protéger ». Dans le même temps, les progrès de raffinage, l’ajout de MTBE (Methyl Tertiary Butyl Ether) dans l’essence et différentes techniques permettent d’augmenter l’indice d’octane et donc de conserver l’effet anti-détonant sans avoir recours au plomb. C’est alors que la majorité des véhicules mis en circulation après 1987 seront équipés pour fonctionner à l’essence sans plomb.

2000 – Aujourd’hui : l’ère du sans-plomb

L’essence sans plomb 95 et 98 font donc leur apparition et remplacent progressivement le supercarburant plombé et l’ordinaire. Ces derniers sont bien évidemment toujours en vente dans les stations services à ce moment-là, pour tous les véhicules du parc automobile fabriqués avant 1987. Les 2 carburants plombés disparaissent définitivement au 01/01/2000. C’est là que vont intervenir les additifs substituts de plomb ! 🙂

 

TOUS SAVOIR SUR l’additif substitut de plomb

Apparition de l’ADDITIF ARS

Pour tous les véhicules d’avant 1987 encore en circulation (1,1 millions de véhicules à l’époque) et dont les sièges de soupapes sont conçus pour fonctionner avec du plomb, l’arrêt de la commercialisation des essences plombées est un problème. Il est donc proposé entre 2000 et 2006 environ le supercarburant ARS (Anti Récession de Soupapes) fabriqué sur une base de sans-plomb 98 auquel on ajouté un additif substitut de plomb. Cet additif compense ainsi la disparition du plomb et permet de pallier au problème de détérioration des sièges de soupapes.

Depuis 2006 et aujourd’hui encore, cet additif est uniquement proposé en flacon concentré, à diluer avec l’essence lors du plein à la pompe.

De quoi SONT Composés LES ADDITIFS substitut de plomb ?

Il existe aujourd’hui une multitude d’additifs de marques différentes sur le marché aujourd’hui, et tous n’ont pas la même composition. Néanmoins, la base du substitut du plomb est le potassium, qui est le composant majeur de la totalité des additifs substituts de plomb aujourd’hui.

Le restant de la composition sont des additifs, qui diffèrent selon les fabricants :

  • additifs détergents permettant de garantir la propreté des sièges et têtes de soupapes : indispensable pour prévenir leur échauffement.
  • additifs catalyseur de combustion.
  • additifs permettant d’éviter l’oxydation du carburant durant une immobilisation prolongée.

Motul, Wynn’s, Restom, Bardahl et bien d’autres… l’offre d’additifs substituts de plomb est pléthorique aujourd’hui sur le marché.

Faut-il obligatoirement un additif DANS L’essence sans plomb pour ma voiture ancienne ?

Vous l’aurez compris, pour la plupart des véhicules conçus après 1987, l’utilisation du sans plomb n’est pas un problème. Pour les véhicules antérieurs à 1987, l’utilisation d’un additif est fortement recommandée. Pour autant, dans les deux cas de figure, il est plus prudent de vérifier le manuel d’utilisateur de votre voiture ancienne ou la revue technique pour en avoir le cœur net : si votre véhicule peut fonctionner à l’essence sans plomb, ce sera forcément stipulé. De plus, s’il est écrit que votre véhicule est conçu pour fonctionner avec de l’ordinaire ou du supercarburant plombé par exemple, c’est que le moteur a besoin de plomb : dans ce cas, l’utilisation d’un additif est recommandé 😉

Cela étant dit, on peut voir et entendre certains témoignages de possesseurs de voitures anciennes qui affirment n’avoir jamais mis d’additif dans l’essence pour des moteurs qui devraient normalement en avoir besoin et n’avoir pourtant jamais eu problème avec leurs sièges de soupapes. Pire, certains affirment que l’additif n’est qu’une vaste fumisterie et qu’il serait responsable d’un encrassement et d’une usure prématurée du moteur.

Ce ne sont que des affirmations et il est difficile de prouver que l’additif est directement responsable de ces conséquences néfastes, qui peuvent être causées par bien d’autres facteurs. Comme il est difficile de prouver que le substitut a bien joué son rôle de protection des sièges de soupapes.

Il serait intéressant de démonter le moteur d’un véhicule ancien qui a roulé plus de 100 000 km par exemple sans utiliser d’additif, cela permettrait d’avoir la preuve ou non qu’une essence sans plomb peut faire des dégâts pour un véhicule antérieur à 1987. Ce qui est sûr, c’est que la différence ne pourra se voir qu’à long terme : à court terme, un moteur ne fonctionnera pas mieux ou moins bien avec un additif substitut de plomb.

Changer ses sièges de soupapes en fonte par des sièges en acier trempé

Il se peut que les sièges de soupapes du moteur de votre ancienne ait été changés par une version en acier trempé. Dans ce cas, votre voiture peut fonctionner sans problème à l’essence sans plomb. D’ailleurs, si vous rénovez votre moteur, profitez-en pour changer ou faire changer vos sièges de soupapes, ça ne coûte pas grand chose lorsque votre moteur est déjà démonté.

 

Conclusion : comment savoir si ma voiture ancienne a besoin d’un additif substitut de plomb ?

 

Que met cet homme dans sa 2CV à l’époque ? Du plombé, assurément ! Aujourd’hui, cette 2CV aurait besoin d’additif pour fonctionner au sans plomb.

Plusieurs étapes vont permettre de déterminer si vous allez devoir ou non utiliser un additif à chaque passage à la station essence :

  1. Mon véhicule a-t-il été mis en circulation avant 1987 ? Si oui, il y a de fortes chances pour qu’il ait besoin d’un additif. Si non, il peut fonctionner à l’essence sans plomb.
  2. Si mon véhicule a été mis en circulation en 1987 ou dans les mois précédents ou suivants, il est plus prudent de consulter le manuel d’utilisateur ou la revue technique : ils vous indiqueront pour quelle essence le moteur a été conçu (essence plombée : ordinaire ou supercarburant ; essence sans plomb).
  3. Mon véhicule a-t-il subi une modification des sièges de soupapes en acier ? Si oui, il pourra fonctionner à l’essence sans plomb sans problème. Mais cela impose de connaître l’historique de la voiture pour en avoir le cœur net.

 

N’hésitez pas à donner votre avis ou partager votre expérience en commentaire : mettez-vous un additif dans votre ancienne ? Avez-vous déjà constaté des sièges de soupapes détériorés à cause d’une essence sans plomb ?

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