Comment redémarrer un moteur de voiture ancienne ?

Remettre en route une voiture ancienne après 2, 10, 20 ou 30 ans d’immobilisation ou redémarrer un moteur suite à une sortie de grange, n’est-ce pas excitant ? C’est toujours un moment spécial pour nous, amateurs de vieilles voitures. Mais cela nécessite quelques connaissances et surtout, un bon nombre de précautions afin d’éviter les écueils les plus courants. Vous ne pourrez redémarrer un moteur qui n’a pas tourné depuis longtemps sans quelques opérations préalables. Pire, cela pourrait gravement endommager le moteur si les étapes ne sont pas réalisées méthodiquement. Alors pour que vous puissiez mettre toutes les chances de votre côté, voici toutes les étapes, enrichies de conseils et astuces, pour redémarrer proprement le moteur d’une voiture ancienne 😉 Simple redémarrage du moteur ou restauration complète ? 1er cas : la voiture peut partir par la route La voiture a été arrêtée encore roulante, a été stockée dans de bonnes conditions et peut, selon vous, reprendre la route après avoir remis en route proprement le moteur (exemple d’une sortie de grange). Dans ce cas, la voiture ne nécessite pas une grosse restauration : la remise en route du moteur va déjà lui permettre de contrôler que tout va bien, avant de repartir. Il faudra bien évidemment, au préalable, contrôler également le reste de l’auto et notamment les éléments de sécurité : trains, direction, freins, pneus etc. 2ème cas : la voiture nécessite des travaux avant de pouvoir rouler La voiture a été immobilisée depuis de longues années, dans des conditions de stockage humides et nécessite de gros travaux. Dans ce cas, vous l’aurez compris, même si vous redémarrez proprement le moteur de votre voiture ancienne, elle ne pourra pas reprendre la route sans une bonne remise en état, voire une restauration complète. Pourquoi vouloir à tout prix redémarrer le moteur dans ce cas ? Cela permet de contrôler l’état global du moteur, de déterminer quels éléments fonctionnent et lesquels sont défectueux, et de se donner globalement une idée préalable des travaux qui devront être engagés. Dans les 2 cas, c’est aussi et avant tout un moment aussi tentant que plaisant, et rares sont les amateurs d’anciennes qui résistent à redémarrer une voiture abandonnée, une sortie de grange ou simplement une auto immobilisée pendant quelques mois ou années… pour le plaisir ! 🙂 Redémarrer le moteur d’une voiture ancienne, pas à pas Toutes les étapes qui suivent ont été réalisées sur une Renault 4 de 1964, qui se trouvait dans un champ depuis… 1986 ! Nous avons donc décidé de la remettre en route après près de 35 ans sans tourner. Vous pouvez d’ailleurs retrouver le récit de sa “sortie de champ” que nous avons réalisé l’année dernière ici : Étape 1 : contrôler que le moteur n’est pas bloqué C’est une étape préalable indispensable. Si votre voiture ancienne ou celle que vous venez d’acquérir est restée immobilisée une longue période à l’extérieur et / ou si elle a été stockée sans huile dans le moteur, il y a de fortes chances pour que ce dernier soit grippé et donc bloqué. Une vérification s’impose donc. Pour cela, vérifiez qu’avec une vitesse engagée, le moteur tourne lorsqu’on pousse le véhicule (ou lorsqu’on tourne une roue dans le vide). On peut aussi, au point mort, contrôler en faisant tourner une poulie du moteur ou l’écrou de la poulie d’arbre à cames (avec un clé), à la manivelle, ou même à la main. C’est cette dernière méthode que j’ai utilisé ici, puisque la 4L était alors montée sur une remorque et ne peut être levée ou déplacée. Dans mon cas, j’ai eu beaucoup de chance, le moteur n’est pas bloqué et tourne librement à la main malgré les 34 ans d’immobilisation ! Voyez plutôt sur cette vidéo : Que faire si mon moteur est bloqué ? Si le moteur ne tourne pas, cela ne veut pas forcément dire qu’il est complètement grippé. Il peut-être simplement “gommé“, c’est à dire que l’équipage mobile du moteur et en particulier les pistons et les segments se sont en quelques sortes collés dans les cylindres. C’est l’huile qui finit par se figer avec le temps. Dans ce cas, il existe une technique pour le débloquer : Retirer les bougies du moteur. On verse dans les puits de bougies le fameux mélange “magique” gasoil / huile moteur. Laisser agir plusieurs heures. Ce mélange va agir dans les cylindres pour dissoudre l’huile figée et ainsi libérer progressivement le moteur. Tenter de faire tourner le moteur manuellement, par les mêmes procédures évoquées plus haut. On évite de forcer si cela ne tourne pas. On laisse plutôt agir le mélange plus longtemps, et on essaye à nouveau. Le moteur doit finir par se libérer ! Libéréééééé, délivréééééé (attention, référence de connaisseurs) ! 😉 S’il ne tourne toujours pas, c’est qu’il ne s’agit pas d’un simple gommage, le moteur est très probablement grippé (corrosion au niveau des segment et du cylindre par exemple). Dans ce cas, vous ne pourrez pas redémarrer votre moteur : cela nécessitera sa dépose complète pour réaliser une restauration dans les règles de l’art. Contrôle du jeu aux culbuteurs (jeu aux soupapes) On s’assure également à l’aide de cales d’épaisseur que le jeu aux culbuteurs est conforme à la valeur donnée par la RTA. Si ce n’est pas le cas, on procède à son réglage selon la technique donnée là aussi par votre RTA. Étape 2 : vidange et niveau des liquides Liquide de refroidissement Pour le liquide de refroidissement, ce n’est pas la peine de faire une vidange, moteur à froid. Il y a de fortes chances qu’avec les années d’immobilisation, le liquide se soit transformé en boue et que le circuit ne se vidange pas totalement. Je préconise donc de simplement faire le niveau de liquide de refroidissement dans le vase d’expansion et le radiateur. Une fois que le moteur aura démarré et tourné, nous pourrons le faire chauffer et procéder à un nettoyage complet du circuit de refroidissement avec un produit spécifique et le rincer plusieurs fois. Le système de refroidissement de votre voiture ancienne ne sera donc pas optimal lors du premier redémarrage. Il est donc possible que le moteur chauffe rapidement, d’où l’intérêt de ne pas le laisser tourner trop longtemps et de ne surtout pas le faire monter trop haut dans les tours. Faites un nettoyage du circuit de refroidissement le plus tôt possible après le premier redémarrage. Huile moteur Pour l’huile moteur, il est préférable de réaliser une vidange au préalable, même si elle ne sera pas faite dans les conditions idéales. En effet, le moteur étant immobilisé pendant plusieurs années, l’huile a tendance à se figer. Faire une vidange à froid ne permettra donc pas de vidanger l’ensemble de l’huile puisque qu’une partie se sera figée dans le circuit de lubrification. C’est pour cette raison qu’une bonne vidange doit toujours se faire “à chaud”. Malgré cela, il est tout de même préférable de réaliser une vidange pour retirer un maximum d’impuretés et d’eau qui ont pu se mélanger à l’huile stagnante avec les années. D’autant plus qu’on ne sait généralement pas si les intervalles de vidange ont bien été respectés avant l’immobilisation de la voiture. Puis, on fait le niveau d’huile avec une huile “premier prix”, que l’on vidangera à nouveau une fois que le moteur aura démarré et qu’il aura pu chauffé. Il faudra en général plusieurs vidanges successives pour arriver à “nettoyer” le circuit de lubrification du moteur, d’où l’intérêt d’utiliser des huiles bas de gamme pour ne pas gâcher d’argent inutilement. En revanche, n’utilisez surtout pas ce genre d’huile premier prix pour faire tourner votre moteur en utilisation normale si vous tenez un minimum à votre ancienne ! 😉 Étape 3 : déposer ou remplacer le filtre à air Le filtre à air a de fortes chances d’être encrassé. Remplacez-le par un neuf, ou dépoussiérez-le et passez-lui un coup de soufflette si vous en êtes équipé. Étape 4 : nettoyage et réglage du carburateur Le nettoyage du carburateur est une étape souvent négligée et pourtant vitale avant de redémarrer un moteur : ne pas le nettoyer pourrait non seulement vous empêcher de démarrer le moteur, mais pire, cela pourrait l’endommager ! En effet, l’essence stagnante présente dans la cuve du carburateur finit par s’oxyder en présence d’humidité et d’air. Ainsi se forment des dépôts et résidus qui vont boucher le carburateur : au mieux, ces résidus auront bouché le petit filtre à l’intérieur du carburateur, vous empêchant ainsi de démarrer…Au pire, ils se retrouveront dans le mélange air/essence de l’admission et risquent fortement d’endommager le haut moteur. Un nettoyage complet s’impose donc ! Dépose et nettoyage du carburateur, pas à pas Vous pouvez également en profiter pour changer les joints papiers du carburateur au moment du remontage s’ils sont trop endommagés. Enfin, si la RTA de votre véhicule vous le donne, réalisez le “pré” réglage des vis du carburateur (vis de ralenti et de vis de richesse de ralenti notamment). Étape 5 : test de la batterie et remplacement si nécessaire Dans mon cas, je ne me suis pas posé de question : la batterie n’ayant pas été chargée depuis plus de 30 ans, il n’y a aucune chance pour qu’elle soit opérationnelle. En effet, une batterie restée plusieurs années sans être sollicitée ni chargée sera forcément hors service. Si vous ne savez pas depuis combien de temps la voiture est immobilisée et que la batterie ne vous paraît pas trop ancienne visuellement, vous pouvez faire un test de charge avec un chargeur muni d’une fonction de test et d’un voyant “erreur”. Si la batterie est endommagée et ne peut plus être chargée, le chargeur vous l’indiquera et ne chargera pas la batterie par sécurité. En revanche si le chargeur considère que la batterie est encore viable, il se mettra en mode charge automatiquement. J’utilise personnellement les chargeurs de chez CTEK. Si elle est endommagée, il va falloir la remplacer par une batterie neuve, ou utiliser une batterie que vous avez déjà pour dépanner et faire les essais de démarrage. Remplacement de la batterie et des cosses, pas à pas : Étape 6 : contrôle et mise au point de l’allumage Maintenant que l’alimentation électrique est -a priori- opérationnelle, passons désormais à l’allumage. Nous allons vérifier tour à tour que chaque élément du circuit d’allumage est opérationnel et que le courant arrive bien. On contrôle l’arrivée du courant à la bobine en testant la tension du circuit primaire (aux deux bornes + (BAT) et – (RUP) de la bobine) lorsque le contact est mis. On fait un test de la résistance aux deux bornes de la bobine. Si les valeurs ne correspondent pas à celle de la RTA, on remplace la bobine. Pour mettre toutes les chances de mon côté, je remplace toutes les pièces d’allumage “d’usure” : les bougies, les rupteurs, le condensateur, la tête d’allumeur, le doigt d’allumeur et le faisceau d’allumage si besoin. Puis je vérifie l’arrivée du courant aux rupteurs avec un multimètre et procède au réglage de l’écartement des rupteurs. Enfin, je réalise le calage statique de l’allumeur à l’aide d’une lampe témoin. Remplacement de la bobine d’allumage Mon cas étant ici extrême et au vu de l’état de la bobine, je la remplace sans me poser de questions. Si la voiture ancienne que vous souhaitez redémarrer n’a pas été immobilisée trop longtemps, vous pouvez tester la bobine comme on vient de le voir. Je vous montrerai les tests à faire pour contrôler si la bobine est encore viable. Remplacement des bougies par des neuves Étant donné le prix des bougies, dans le doute, mieux vaut les remplacer par des neuves pour maximiser vos chances de redémarrage. Remise en état et réglage de l’allumeur Calage statique de l’allumeur Maintenant que l’allumeur a été remis en état, je peux le remonter sur le moteur et procéder à son calage statique (à la lampe témoin). La technique de calage dépend des moteurs : elle est généralement indiquée dans votre RTA. Étape 7 : contrôle, dégrippage … Lire la suite de Comment redémarrer un moteur de voiture ancienne ?