Débats,  Dossiers

Retour d’expérience sur ma formation au CNVA

Après 8 mois de formation au CNVA (Conservatoire National des Véhicules Anciens), je vous propose dans cet article mon retour d’expérience sur cette école. J’ai pensé que cela pourrait être utile à ceux qui s’intéressent à cette formation afin d’avoir le point de vue d’un “ancien” stagiaire. Comment s’organise la formation du CNVA ? Qu’apprend-on dans cette école ? Quels en sont les débouchés ? Quel est mon avis sur le CNVA après ces 8 mois ? La réponse à toutes ces questions ici ! 🙂

Qu’est-ce que le CNVA ?

Le est un centre de formation dédié à l’apprentissage des métiers de la restauration de voitures anciennes.

Situé à Antony en région parisienne, il s’agit de la première “école” créée dans ce milieu de niche. Le CNVA propose plusieurs types de formation :

  • La formation longue. Elle se déroule sur 8 mois (1000 heures) et porte sur l’ensemble des métiers et techniques de restauration. C’est une formation assez généraliste. Le coût de cette formation est d’environ 11 000€ (20 000€ si financée par un organisme tiers). C’est la formation à laquelle j’ai participé et dont je vais vous parler dans cet article. Cette formation est une première porte d’entrée vers le monde professionnel de la restauration de véhicules anciens.
  • Les modules de formation courtes. Ils se déroulent généralement le week-end et durent 1 à 3 jours. Ces formations courtes sont organisées en modules thématiques (exemples : mise au point moteur, soudure, électricité…) et sont plutôt destinées à des passionnés amateurs qui veulent entretenir et réparer eux-mêmes leur véhicule.

Vous pouvez retrouver le détail de la formation longue du CNVA et de tous les modules sur leur site :

Organisation de la formation

Les matières

La formation longue est généraliste et, pour la promotion 2020 (promo Mustang), se divisait en quatre “matières” :

  • Carrosserie
  • Formage – tôlerie
  • Mécanique
  • Technologie

La promotion 2020 comptait 72 stagiaires et nous étions donc répartis en 4 groupes de 18 stagiaires : 1 groupe par matière avec un roulement toutes les semaines en moyenne.

Exemple d’un planning d’une semaine pour les 4 groupes.

La formation est organisée en plusieurs modules : un module se termine lorsque les quatre groupes sont passés dans les quatre matières. Pour chaque matière, le module commencera d’abord par des cours théoriques en salle pour ensuite faire son application pratique en atelier (par exemple 2 jours de théorie pour 3 jours de pratique).

Chaque matière possède son propre atelier avec son outillage spécifique.


Les intervenants

En plus de ces 4 matières, des intervenants professionnels viennent au CNVA pour nous apprendre les bases sur des sujets plus spécifiques :

  • La sellerie.
  • L’histoire de l’automobile.
  • L’électricité.
  • La création d’entreprise.
  • La valise de diagnostic (ça peut toujours servir…)
  • La conservation en musée et la Charte de Turin).

Malheureusement nous n’avons pas eu de chance car avec le Covid, une bonne partie des intervenants n’a pas pu assurer ses cours.


L’évaluation

L’évaluation de nos connaissances et de notre niveau se fait de plusieurs façons :

  • Via des évaluations continues à chaque fin de module (évaluation de la pratique) sous forme d’appréciation du niveau : “acquis”, “en cours d’acquisition”, ou “non-acquis”.
  • Via une évaluation de connaissances théoriques à la fin de la formation.
  • Et enfin via une semaine d’évaluation de la pratique dans chaque atelier à la toute fin de formation.

Aujourd’hui, la formation n’est pas encore reconnue par l’État pour être “diplômante”. Elle est en revanche en très bonne voie pour le devenir et l’évaluation y tient une place importante.

Nous avons quand le même le droit à un diplôme une fois les examens validés. La formation du CNVA est reconnue dans le milieu de la voiture ancienne.

Contenu de la formation du CNVA

Sans trop rentrer dans le détail, je vais simplement essayer ici de vous donner une idée de ce que vous allez pouvoir apprendre dans chaque matière en participant à la formation longue du CNVA.

La carrosserie

C’est très certainement en carrosserie que nous avons appris le plus de choses. En effet la plupart des stagiaires avaient déjà pu pratiquer un peu de mécanique, mais très rarement de la carrosserie.

L’atelier carrosserie accueillait ce jour-là une des Ford T de Thierry Dubois.

Nous avons pu voir et pratiquer énormément de techniques, notamment :

  • Redressage : cours théorique et redressage de déformations par frappe sur un élément d’un véhicule.
  • Masticage : cours théorique et application / dressage de mastics sur tous types de déformations.
  • Soudure tous types : soudures de tôle en bord à bord au MAG, soudure électrique par point, soyage, bouchonnage, brasure MIG Cupro.
  • Étamage : application d’étain et dressage sur des déformations.
  • Redressage électrique : redressage de déformations importantes à l’aide d’une station de débosselage (tire-clous).
  • Rétreinte : rétreinte thermique (chalumeau) et rétreinte électrique sur des déformations de carrosserie.
  • Techniques de marouflage partiel ou complet d’un véhicule.
  • Techniques de lustrage d’un véhicule.
  • Vitrage : dépose / repose de vitrage et parebrises à joint.
  • Techniques de protection anti-corrosion.
  • Sous-couches et apprêt.
  • Initiation à la peinture de finition.
  • Application d’anti-gravillon.

La pratique de ces techniques se faisait quasi exclusivement de manière individuelle.


Le formage et tôlerie

Nous n’avons eu que très peu de théorie pour cette matière, ce qui nous a permis de beaucoup pratiquer en atelier.

Vue globale de l’atelier de formage-tôlerie.

Voici ce sur quoi nous avons travaillé, d’une manière globale :

  • Soudure chalumeau et brasure (poste oxyacétylénique).
  • Découpe, pliage, roulage de tôle.
  • Emboutissage de tôles.
  • Formage de galbes.
  • Découpe d’une partie d’un élément de carrosserie, formage d’un patch identique à l’origine (sur une portière par exemple) et soudure du patch sur l’élément.
  • Techniques d‘allongement, rétreinte.
  • Réalisation de voitures anciennes miniatures en tôle pour s’exercer.
  • Réalisation de pièces : un garde-boue, un réservoir, une selle de moto en tôle.

Nous travaillions le plus souvent seul en atelier de formage ou en binôme pour former de plus grosses pièces ou pour des projets nécessitant plus de temps.

On s’amuse bien en atelier formage ! 😉

La mécanique

Une dizaine de voitures anciennes sont mises à disposition des stagiaires dans l’atelier mécanique pour effectuer la pratique. Ces véhicules sont les plus variés possibles que ce soit en termes d’âge ou de conceptions afin de voir le maximum de cas possibles. C’est le seul atelier où l’on travaille directement sur des véhicules roulants.

Liste (non exhaustive) des véhicules sur lesquels nous avons eu l’occasion de travailler :

  • Renault Monaquatre (1934)
  • Lancia Fulvia
  • Fiat 500
  • Volkswagen Cox
  • Peugeot 204
  • Renault 10
  • Peugeot 403
  • Land Rover Série 3
  • Citroën 2CV
  • BMW 1502
  • Volvo Amazon
  • Austin Mini
  • Simca Aronde
  • Porsche 924
  • Etc
Un petit aperçu des véhicules en atelier mécanique !

Le parc de voitures du CNVA est régulièrement renouvelé durant les 8 mois de formation.

Voici, en résumé, ce que nous avons vu en mécanique durant ces 8 mois de formation :

  • Cycles moteur : cours théorique sur les cycles 2T et 4T.
  • Allumage : cours théorique et mise en pratique : tests, contrôles et réglage complet de tout le circuit d’allumage sur différents véhicules.
  • Carburation : cours théorique et réglage de la carburation sur différents véhicules et différents types de carburateurs.
  • Distribution : cours théorique et calage de distribution sur des moteurs déjà démontés (en Technologie).
  • Lubrification : cours théorique sur les systèmes de lubrification du moteur.
  • Refroidissement : cours théorique et dépose / repose de systèmes.
  • Géométrie des trains : cours théorique et explication en atelier mais pas de réglages de géométrie fait par les stagiaires.
  • Suspension et direction : cours théorique et dépose, contrôle et repose de demi-trains.
  • Freinage : cours théorique et dépose / contrôle / repose de systèmes de freinage (tambours et disques) + purge.
  • Transmission, ponts et embrayage : cours théorique sur les différents types de transmission et dépose – repose d’un embrayage (+ dépose du moteur, de la boîte ou de l’ensemble moteur-boîte selon les cas).
  • Phares : cours théorique et réglage de phares sur un véhicule.
  • Pneumatiques : cours théorique et démontage – remontage de pneus en atelier.

En atelier mécanique, nous travaillions exclusivement en binôme.


La technologie

L’atelier de technologie est divisé en 2 parties : une salle dédiée au démontage de mécanismes et de moteurs en tout genre, et une salle dédiée spécifiquement à l’usinage ainsi qu’à la métrologie.

Voici le programme en technologie :

  • Dessin industriel : cours théorique.
  • Métrologie : Métrologie d’arbre à cames, vilebrequin, cylindre, culasse etc.
  • Cours théorique sur la visserie et les couples de serrage.
  • Matériaux : cours théorique.
  • Usinage : perçage, fraisage, taraudage, pose d’un filet rapporté, ajustement à la lime, respect des côtes etc.
  • Démontage complet et autopsie de pièces moteur (carburateur, pompe à essence, allumeur, démarreur, alternateur…).
  • pose et autopsie de moteurs : moteurs deux temps monocylindre, quatre temps 4 cylindres, V6, V8…
  • Démontage et autopsie de boîtes de vitesses.
  • Affutage, taraudage et extraction de vis cassées.

En atelier de technologie, nous travaillions seul ou en binôme, selon les opérations que nous devions faire.

Mon retour d’expérience sur la formation longue du CNVA

D’une manière globale, je suis très satisfait de mes 8 mois de formation au CNVA. Malgré la période de confinement qui a nous a bien bousculé, nous avons pu finir le programme dans de bonnes conditions.

Même si certains de mes camarades stagiaires ne sont pas d’accord sur ce point, je trouve que l’équipe du CNVA a très bien réagi à l’épisode du Covid et du confinement. Nous avons eu la quasi totalité des cours théoriques durant cette période via des vidéos Youtube et nous avons ainsi pu nous concentrer uniquement sur la pratique en revenant dans les ateliers après le confinement.

Les formateurs sont très disponibles et prennent soin de répondre à toutes les questions même en dehors des heures de formation, ce qui est très appréciable. Ils ont à cœur de nous partager toutes leurs connaissances.

L’école est globalement extrêmement bien équipée en outillage (souvent bien mieux que beaucoup de garages), même s’il y a eu quelques ratés parfois, nous en parlerons juste après. Cela permet de voir et de pratiquer un maximum de choses.

La collection de marteaux et maillets de l’atelier de tôlerie. C’est beau non ? 😉

Au final, je dois avouer que j’ai appris beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais, surtout en termes de méthodes et de techniques à adopter, qui font pour moi la différence entre du travail amateur et professionnel. Cela m’a aussi apporté de la confiance pour lancer mon activité dans le milieu.


Formation “généraliste” : avantage ou inconvénient ?

Le fait que la formation soit “généraliste” est à la fois un atout et un inconvénient. Un atout car l’on voit vraiment de tout : de la mécanique au formage en passant par la carrosserie, la métrologie, la sellerie etc. De ce fait, c’est un excellent moyen de se faire une idée de l’ensemble des métiers de la restauration de voitures anciennes. Cela permet de voir vers quoi vous voulez vous spécialiser pour ensuite approfondir le métier (carrosserie, mécanique, formage, voire sellerie).

L’inconvénient qui en découle est que, en “seulement” 8 mois, vous ne pouvez bien sûr pas apprendre tout d’un métier, et encore moins de 4 métiers. Car si l’on voit de tout, on ne peut pas approfondir dans le détail et surtout pratiquer des dizaines d’heures sur une même opération ou une même technique, ce qui est nécessaire dans des métiers aussi manuels.

Cela peut nécessiter une formation complémentaire dans une spécialité, un stage en entreprise ou une première expérience d’apprenti dans une entreprise (selon la discipline choisie). Vous sortez du CNVA avec énormément de connaissances, mais vous ne sortez pas “pro” ou expert en carrosserie ou en mécanique. Cela demande encore de la pratique !

A la fin du CNVA, les débouchés sont les suivants :

  • Se spécialiser dans un des métiers et devenir soit carrossier, soit mécanicien, soit tôlier-formeur, soit sellier, ce qui demandera dans tous les cas un apprentissage complémentaire à la formation.
  • Reprendre une activité (garage, carrosserie…)
  • Lancer sa propre activité dans une des spécialités évoquées.

Quelques points à améliorer

Bien sûr, si je suis globalement très satisfait de mes 8 mois au CNVA, tout n’est pas parfait. D’ailleurs, l’équipe est consciente de ses imperfections et essaye de tout faire pour apporter des améliorations. L‘école est en constante évolution au niveau du contenu de la formation et de son organisation.

Je vous fait donc part ici des points à améliorer dans l’école selon moi ou ce qui a pu me “décevoir” tout au long de la formation :

Une entrée en matière un peu longue

J’ai trouvé les 2-3 premières semaines vraiment longues. On est restés à mon sens trop longtemps dans les présentations et les introductions. Par exemple : chaque stagiaire a du se présenter en salle au moins 3 ou 4 fois (une fois avec chaque formateur), on nous a lu et répété 3 fois le règlement intérieur et les consignes de sécurité. Une fois aurait suffit à mon sens et on aurait gagné de précieuses heures.

Manque d’outillage sur certains ateliers

Je vous disais plus haut que le CNVA était extrêmement bien équipé. Seulement, quand il y a 18 stagiaires qui réalisent la même opération en même temps, il nous faut 18 outils identiques, ce qui n’était pas toujours le cas (ou certains outils étaient défectueux). Il y a donc eu régulièrement des “temps mort” puisque l’on devait se partager les outils : résultat on finit par perdre pas mal de temps en atelier… Encore une fois, ce n’est rien de grave, mais au vu du prix de la formation, je comprends que cela puisse en agacer certains.

Attente du formateur en atelier

Nous étions encadrés par un formateur par atelier, soit un formateur pour 18 stagiaires. Lorsque l’on terminait une opération, avant de passer à une autre, nous devions faire valider ce que nous avons fait auprès du formateur… et parfois attendre une demi-heure à une heure pour cela sur certains modules. Dommage !

Globalement, ce ne sont pas de grosses lacunes, mais c’est vrai que, cumulées, elles font perdre pas mal de temps qui pourrait être utilisé pour apprendre et pratiquer davantage.

Je regrette également qu’avec l’épisode du Covid, nous n’ayons pas pu terminer notre cours d’initiation à la sellerie, ainsi que les cours d’histoire de l’automobile, qui étaient particulièrement intéressants. Nous n’avons pas pu non plus aller visiter et rencontrer des professionnels de la restauration comme c’était prévu initialement.


Mon avis sur la formation du CNVA, en résumé

Les +

  • Formation généraliste complète.
  • Permet de se faire une idée précise du métier que l’on veut approfondir.
  • Enormément de connaissances acquises en 8 mois.
  • Formateurs compétents, disponibles et à l’écoute.
  • Cours théoriques très bien expliqués.
  • Possibilité de pratiquer sur de nombreux véhicules anciens différents.
  • École très bien équipée en outillage, ce qui permet de pratiquer de nombreuses techniques de restauration.
  • Possibilité de se faire un “réseau“.
  • Formation connue et reconnue dans le milieu de la voiture ancienne.

Les –

  • Quelques longueurs et pertes de temps (attente du formateur en atelier, partage de l’outillage, premières semaines).
  • Coût élevé et difficulté de se faire financer la formation par organisme tiers. Utilisation du CPF impossible.
  • Formation pas encore diplômante. Nécessité d’obtenir un CAP pour créer son entreprise dans la réparation automobile.
  • Nécessite un approfondissement du métier que vous aurez choisi (mécanique, carrosserie, formage…).

Mon retour d’expérience sur le CNVA, en vidéo !

Si vous avez la moindre question ou remarque à propos de la formation du CNVA, n’hésitez pas à nous la partager en commentaire, j’y répondrai avec plaisir 😉

2 commentaires

  • Nicolad

    Bonjour, merci pour vos retours qui sont très intéressant ! Vous parlez de financement par d’autres organismes que le CPF, pouvez m’indiquer lesquels ? De plus concernant le logement sur place, comment cela se passe-t-il ? Et pour finir, comment se fait la sélection à l’entrée ?
    Merci d’avance pour votre retour 🙂

    • Tristan

      Bonjour,

      Vous pouvez tenter d’obtenir un financement via le Conseil Régional ou Pôle Emploi par exemple. Mais la formation n’étant pas diplômante, c’est un peu un chemin de croix pour en obtenir un…
      Pour le logement sur place, il y a pas mal de résidences à Antony (ville où se trouve la formation), mais les loyers sont un peu chers. Le mieux est de s’éloigner un peu.
      Concernant la sélection, il n’y a pas de pré-requis, il faut simplement remplir un dossier de candidature et expliquer pourquoi l’on veut se lancer dans cette formation. Attention cependant, le nombre de places étant bien sûr limité, mieux vaut ne pas tarder pour s’inscrire.

      J’espère avoir répondu à vos questions.
      A bientôt,
      Tristan

Laisser un commentaire