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Tout savoir sur le vitrage de nos voitures anciennes !

Entre bullage, rayures et marques diverses, les vitres de nos voitures anciennes subissent fatalement les affres du temps. Pierre Jego, verrier et amateur d’anciennes (voir plus bas), nous explique dans cet article la fabrication des vitrages sur nos véhicules anciens et comment leur rendre leur éclat et leur transparence d’origine.

Comment sont fabriqués les vitrages de nos anciennes ?

Tout d’abord, voyons quelques notions de base sur le matériau lui-même, les différents types utilisés en automobile ainsi que leurs principales propriétés.

Le verre « minéral » (par opposition au verre dit parfois « organique », en réalité du  plastique) est un matériau dur, fragile et transparent. Il ne se déforme pas, et reste insensible à la plupart des composés chimiques, d’où son usage bien connu en conditionnement (bouteilles), bâtiment (fenêtres) et, bien sûr, dans les automobiles et autres moyens de transport. Connu depuis l’Antiquité, il est issu de la fusion de sable (70%), de soude et de chaux.

Clair ou teinté, en différentes épaisseurs, c’est bien du verre plat « standard » qui est utilisé pour fabriquer les vitrages de nos autos.

Le vitrage d’une auto n’est pas coulé ni moulé: l’industriel verrier part d’une plaque de verre plat standard, du type de ce qui est utilisé dans le bâtiment par exemple.

Cette plaque est d’abord découpée, les bords en sont façonnés, on peut y ajouter par sérigraphie une bande noire sur le pourtour ou un réseau de fils de dégivrage. A ce stade cela reste du « verre à vitre », pas très résistant aux chocs, et il est dangereux en cas de bris car les morceaux seraient très coupants.

C’est pourquoi du verre dit « de sécurité » est obligatoirement utilisé de nos jours en automobile: il doit être soit feuilleté (pare-brise), soit trempé (autres positions: vitres latérales, lunette AR etc).


Les différents types de verre : le feuilleté et le trempé

Vitrage feuilleté

Le vitrage feuilleté consiste en deux feuilles de verre collées ensemble au moyen d’un intercalaire plastique. Il n’est pas plus résistant que le « verre à vitre », mais il présente l’avantage de rester en place en cas de bris, grâce à l’intercalaire, ce qui permet de protéger les passagers au moins jusqu’au prochain garage.

La Volvo PV444 (1944) est la première voiture équipée d’un pare-brise feuilleté. Cette technologie n’est donc pas récente. Néanmoins, il faudra attendre les années 80 pour que les pare-brises feuilletés soient progressivement rendus obligatoires, rendant ainsi interdite l’utilisation de pare-brises trempés sur les véhicules neufs.

Deux feuilles de verre sont appairées avec un intercalaire plastique (PVB, polybutyral vinylique) pour faire un vitrage feuilleté.

Description du procédé de fabrication d’un pare-brise feuilleté dans cette vidéo :


Vitrage trempé

Le vitrage trempé, lui, est 3 à 4 fois plus résistant aux chocs et à la flexion, et il « explose » en une multitude de petits morceaux pas trop dangereux en cas de bris. Noter qu’on parle aussi parfois, abusivement, de « Triplex » (marque de verre feuilleté du verrier anglais Pilkington) et de « Securit » (marque de verre trempé du verrier français Saint-Gobain, dont la filiale auto s’appelle, par ailleurs, « Sekurit », avec un « k » !).

Description, plus schématique, avec également le processus de trempe dans cette vidéo :

Avant de subir ce traitement de feuilleté ou de trempe, le vitrage peut être bombé (on dit aussi parfois « cintré » ou « galbé ») au moyen d’un outillage de formage.

Comment distinguer un vitrage feuilleté d’un trempé ?

L’aspect de surface est le même, seuls certains indices peuvent vous aider :

  • Pour le feuilleté, si l’on peut voir le chant (bord) du vitrage, on distinguera la triple épaisseur verre-plastique-verre.
  • Pour le trempé, on a plusieurs indices possibles : marques de pinces et de trempe (voir plus bas), très légères ondulations de surface. L’utilisation de filtre ou de lunettes polarisantes peut aider à voir les marques de trempe.

Enfin, les logos des fabricants peuvent nous éclairer, avec des marques distinctes pour chaque type de verre, comme par exemple :

  • Pour le trempé : Securit, Sécurité, Tempered (« trempé », en anglais), Temperit, Temperlite, ou encore Delodur
  • Pour le feuilleté : Triplex, Laminated (« feuilleté » en anglais) , Lamitex, Lamiflex, Lamishield, NordLamex etc pour le feuilleté.

Caractéristiques spécifiques et évolution des vitrages

Bien entendu, les vitrages de nos anciennes ont gagné en complexité au fil du temps. En passant de plat à galbé par exemple, avec des formes de plus en plus complexes, pour des raisons évidentes d’aérodynamique et de style.

De même, le pare-brise feuilleté, d’abord une option, n’est devenu progressivement obligatoire que dans les années 80, pour des raisons de sécurité. Mais ce n’est que plus récemment que les vitrages ont acquis de nouvelles fonctions: couche réfléchissante athermique, antenne intégrée, couche anti-buée etc, qui ne concernent pas nos anciennes.

La DS19, sortie en 1955, présentait non seulement de larges surfaces vitrées, mais aussi un pare-brise tellement cintré sur les côtés que le verrier national Saint-Gobain refusa d’abord de le faire… Selon la légende, Citroën fit alors faire un prototype chez un autre fabricant, en Belgique, puis l’apporta chez Saint-Gobain en leur disant: « Et maintenant, vous le faites ». Les vitres latérales, elles, étaient encore plates à cette époque.


Les automobiles ont gagné en technicité, et c’est valable aussi pour leurs vitrages. En termes de galbe, cette lunette AR de Peugeot RCZ (2009) atteint des sommets de sophistication technique et visuelle.


Dernière caractéristique importante à garder en tête : pour les raisons de style déjà mentionnées, les vitrages sont spécifiques à chaque modèle, et ne sont donc pas standards…

Il n’y a que pour les très petites séries (moins d’une centaine de véhicules) que les constructeurs essayaient en général d’utiliser des pare-brises ou des lunettes d’autres modèles déjà existants, afin de réduire les coûts.

Pour le pare-brise de la BSH, produite à une quarantaine d’exemplaires au tournant des années 70, une lunette AR de hard-top de Renault Floride fut utilisée, afin de réduire les coûts.

Les défauts du verre

Commençons par certaines caractéristiques des vitrages anciens liées aux techniques de production de l’époque : les marques de pinces et les marques de trempe.

Les marques de pinces

Ces marques, deux ou plusieurs points visibles sur un seul bord d’un vitrage trempé, correspondent à l’endroit où ce dernier était tenu par des pinces métalliques, lors de son formage puis de sa trempe, dans un four vertical.

Ces marques sont donc absolument normales, mais on faisait quand même en sorte qu’elles soient le moins visibles possible sur l’auto, cachées sous un joint par exemple.

De nos jours, les vitrages sont transportés, formés et trempés à l’horizontale: plus besoin de pinces, et donc pas de marques. La présence de marques de pinces démontre donc avec quasi-certitude qu’on a affaire à un vitrage « d’époque ».

Marque de pince sur le bord inférieur (caché par le joint) d’une DS de 1971.

Les marques de trempe

Dans certaines conditions de lumière et d’observation, certains vitrages peuvent laisser apparaître sur tout ou partie de leur surface une succession régulière de marques sombres ou irisées, souvent en « peau de léopard ».

Marques de trempe caractéristiques sur une lunette arrière en verre trempé.
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Fortes marques irisées sur le pare-brise de cette Goggomobil, à l’époque où ils pouvaient encore être en verre trempé (il y a eu aussi de la « trempe partielle », ou « semi- trempe »).

Ces marques, appelées parfois images ou fleurs de trempe, correspondent à des différences de tension à la surface du verre, et sont créées au moment de l’étape de trempe thermique.

Ce procédé consiste en effet à souffler de l’air très fort sur le vitrage, au moyen de petites buses placées tout près de sa surface, sa « peau ». Les marques correspondent ainsi à la position des buses.

Là encore, c’est un phénomène normal, même si les fabricants font en sorte que cela se voie le moins possible, en ajustant au mieux les courbes de température de chauffe puis de trempe, ainsi que l’oscillation, c’est-à-dire le mouvement de va-et-vient des caissons de trempe pendant cette opération critique de quelques secondes.


Le délaminage

Le phénomène de délaminage, ou « bullage », affecte souvent les vitrages feuilletés de nos anciennes. Ce n’est pas gênant d’un point de vue mécanique si cela reste limité, mais c’est quand même disgracieux…

Cette altération correspond à un décollement de l’intercalaire plastique avec le verre, dû à la pénétration insidieuse d’humidité à partir du bord.

Cela ne se répare pas hélas, et cela ne peut qu’empirer avec le temps… La seule solution : assurer une parfaite étanchéité du bord du vitrage feuilleté au moment du montage.

Comment traiter les rayures et autres défauts de surface ?

A moins de devoir remplacer un vitrage pour cause de délaminage avancé ou de casse, la principale chose qui nous intéresse sera donc de redonner un bel éclat et une belle transparence à nos vitrages. Les frottements répétés (essuie-glaces), les éclats de meulage et les projections diverses, même si le verre résiste plutôt bien à la plupart des agressions chimiques, finiront par ternir sa surface.

Rayures causées par des corps étrangers coincés sous un balai d’essuie-glaces.

Pour redonner l’éclat du neuf à vos vitrages, ou restaurer un vitrage de récupération, il faut d’abord commencer par enlever le plus gros par la méthode « mécanique » : une lame de cutter bien à plat pour retirer les vieilles traces de colle et autres corps étrangers. Ensuite on passe à la « chimie » : plus fort que le produit à vitre ou l’alcool à 90, c’est l’acétone qui s’avère le plus puissant pour détacher ce qui reste des impuretés.

A ce stade, s’il reste des traces, ou des rayures, la seule solution est le polissage,  au moyen d’un abrasif adapté.

Le produit utilisé par les professionnels verriers s’appelle l’oxyde de cérium. Il se présente sous la forme d’une poudre fine, en général de couleur rouille, qui s’utilise mélangée à de l’eau. On en trouve très facilement, pour quelques Euros, sur eBay par exemple.


Technique de polissage du verre

L’opération n’est pas difficile, mais elle demande méthode et patience :

  • Tout d’abord, bien nettoyer l’ensemble du vitrage. Il ne s’agirait pas qu’un corps étranger crée de nouvelles rayures… Délimiter la zone à polir, de l’autre côté du  vitrage, à l’aide d’un marqueur par exemple.
  • Mélanger de la poudre avec de l’eau pour obtenir une pâte assez liquide.
  • Commencer à frotter doucement, à la main avec un chiffon ou un pavé en feutre,  puis nettoyer et observer.
  • Augmenter progressivement la pression, puis passer à la polisseuse, avec un tampon de feutre ou en peau de mouton. Vérifier régulièrement le résultat avant d’y aller plus fort. Il faut nettoyer souvent pour vérifier l’avancement, c’est le seul aspect un peu pénible de l’opération.
  • Mouiller dès que cela sèche, et afin d’éviter les surchauffes locales pouvant créer une casse par choc thermique.
  • Augmenter la pression et la vitesse, passer au disque abrasif pour les rayures un peu profondes. La surface du vitrage pourra prendre alors un aspect terne, presque dépoli: une fois l’objectif atteint, il faudra alors refaire des passes en adaptant progressivement le grain et la pression afin de retrouver l’aspect poli et brillant.

Tampon monté sur une perceuse, c’est aussi bien. Toujours ajouter du liquide dès que cela sèche, mais attention aux projections !

En cas de dommages profonds, rayures sensibles à l’ongle par exemple, on peut commencer directement avec des disques abrasifs pour supprimer le défaut, puis en passant au polissage de plus en plus fin. Cette méthode est illustrée dans cette vidéo, qui montre bien la nécessité d’y aller par étapes:


Où trouver le matériel nécessaire au polissage du verre ?

On trouve le matériel nécessaire chez une multitude de revendeurs sur le net (Polirmalin pour les particuliers, VBSA pour les professionnels par exemple). Voici d’ailleurs une vidéo explicative du “dérayage” d’un pare-brise à l’aide d’un kit VBSA.

Kit de polissage de verre automobile (marque VBSA).

Auteur de cet article : Pierre Jego, verrier de métier, amateur d’ancienne et spécialisé dans le refabrication de vitrages sur mesure pour autos de collection.

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2 commentaires

  • Edi Ramos

    Article exceptionnel, complet, très clair, très didactique, et passionnant il faut dire, sur un sujet non seulement méconnu mais délaissé. Maginfique! Merci infiniment d’avoir partagé vos connaissances avec les internautes.

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